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Deva. Malgré les investissements économiques de l’Union Européenne pour faciliter l’intégration des roms, la situation de cette minorité ne s’améliore pas. En France, les roms s'exposent aux expulsions, aux violences policières et au rejet de la population. Le stéréotype qui affirme que tous les roms sont des nomades dont le mode de vie est incompatible avec celui de notre société sédentaire persiste. L'utilisation de ce préjugé pour déclarer inadaptable une population prise dans sa globalité m’a toujours interpellée. En me rendant à Deva, ville moyenne de la Transylvanie roumaine, j'ai cherché à comprendre quelle était la part de fantasme et de réalité dans ce nomadisme que l'on prête systématiquement aux roms.
Lenuta, Muta et leurs cinq enfants m’ont accueilli chez eux pendant plusieurs jours, un peu à l’écart de la ville de Deva, dans le quartier de Micro 15 situé en surplomb d'un cimetière. Victime collatérale de l’augmentation du coût de la vie, du chômage de masse et de la raréfaction des métiers sans qualification, cette famille est contrainte, pour survivre, de récupérer des objets dans les rues de Deva pour les revendre sur le marché, d'enchaîner des petits boulots quand il y en a ou de mendier à la sortie des églises. C’est aussi dans l’espoir d’améliorer les conditions de vie de sa famille que ce couple a effectué, lorsqu'il le pouvait, des allers-retours entre la France et Deva. Muta et Lenuta, nés en Roumanie dans le Judet d’Hunedoara, sont attachés à leurs terres et sont venus en France essentiellement dans le but de vivre dans un logement en dur et d’y trouver un emploi. Faute de parvenir à s’y installer durablement et d’obtenir un titre de séjour, ils sont retournés à Deva. “Nous ne sommes pas des nomades, nous migrons par nécessité.” m’ont-ils d’ailleurs expliqué. En attendant des jours meilleurs, la famille vit à l’étroit dans un abri inachevé sans confort et sans eau courante. À ses côtés, j’avais le sentiment de servir de témoin, impuissant le plus souvent mais porté, au fond, par l’espoir que la photographie contribue à défendre leur cause.


Prix “coup de coeur” du Grand Prix Paris Match du Photoreportage Étudiant 2019.

Exposition à l’Hôtel de ville de Paris, 2019.