Côté fenêtre
Paris, Deauville, France, 2020-2021
Take the first train to Deauville, return to Paris in the evening, take a train the next day to Deauville and return to Paris, etc. Paris - Deauville - Paris until exhaustion. Until the very relative exhaustion of the body. To the point of exhaustion, mostly, of the journey. To the point of feeling that I can no longer see anything through the window that I ha- ven’t already seen, and, to a greater extent, that I no longer want to see anything there.
Before exhaustion hit, I photographed a lot, very nervously and at the pace of appearances. I liked to go out when it was still dark, to join the work- ers, the students, but also those, destination un- known. Sitting on the edge of my seat, my body facing outwards and my lens pressed against the window. Watching the speed take everything away, giving the illusion that the buildings blocks or farmhouses that we pass on the way out of the town are slapped by the trees along the tracks, by a pole or by the rain. Waiting for the sun to rise and fill the wagon with another light. Thus reveal- ing the faces and bodies of passengers woken by daylight or hiding from the first rays behind fold- ed arms or under the folds of their jackets, trying to gain a few minutes of sleep. Then stopping at Évreux, accompanying the smokers and getting back on the train. Seeing a few more suitcases piled up at the entrance to the carriages and some new faces. Here, someone gets carried away on the phone between two doors, we don’t under- stand everything, over there, two girls connected by a pair of headphones are swaying to the same music.
After a long, hard brake, the last passengers leave the train. On the platform, the flat tile shelters pro- tect us from the rain and the wheels of the suitcas- es on the cobblestones cover its noise. Suddenly, the station hall fills up and everyone makes their way to the exit. One taxi leaves after the other, some people continue walking across the square, others head for a nearby bus stop. On the op- posite side of the street, over the traffic, there is movement inside the brasseries. In the distance, a huge sun shines down on the city and descends relentlessly towards the sea. Here, only a few min- utes have passed and the station is empty. On the regular shaped tiles of the hall, newspapers and wrappers are blown around by warm drafts. An employee lowers the curtains of the tobacco shop and the squeaking of metal echoes through the station. The rain has stopped, the shadows lengthen and the hall turns red.
· Tremplin Jeunes Talents Jury Prize, Planches Contact Festival
· Exhibition at the Musée Bernard d’Agesci, Niort, 2026
· Exhibition at the Musée des Franciscaines, Deauville, October 23, 2021 – January 2, 2022
· Exhibition at Galerie Sit Down, Paris, March 3, 2023 – April 15, 2023
· Photographic collections of the Musée des Franciscaines and Marin Karmitz
Côté fenêtre
Paris, Deauville, France, 2020-2021
Prendre le premier train pour Deauville, revenir à Paris le soir, reprendre un train le lendemain pour Deauville et revenir à Paris, etc. Paris - Deauville - Paris jusqu’à l’épuisement. Jusqu’à l’épuisement très relatif du corps. Jusqu’à l’épuisement, surtout, du trajet. Jusqu’à éprouver le sentiment de ne plus rien voir par le rectangle de la fenêtre que je n’ai pas déjà vu et, plus encore, de ne plus rien vouloir y voir.
Avant l’épuisement, j’ai beaucoup photographié, très nerveusement et au rythme des apparitions. J’aimais partir quand il faisait encore nuit, me mêler aux travailleurs, aux étudiants mais aussi à ceux dont on ne sait pas où ils vont. M’asseoir au bord de mon siège, le corps tourné vers l’extérieur et l’objectif collé contre la vitre. Voir depuis ma place comment c’était quand la vitesse emporte tout et donne l’illusion que les barres d’immeubles ou les corps de ferme, que l’on croise en quittant la ville, sont giflés par les arbres qui longent les rails, par un poteau ou par la pluie. Attendre que le soleil se lève et remplisse le wagon d’une autre lumière. Révélant ainsi les visages et les corps des passagers réveillés par le jour ou se cachant des premiers rayons, derrière des bras repliés ou sous les pans de leur veste, luttant pour gagner quelques minutes de sommeil. Puis s’arrêter à Evreux, accompagner les fumeurs et remonter dans le train. Y constater un peu plus de valises entassées à l’entrée des voitures et des têtes nouvelles. Ici, quelqu’un s’emporte au téléphone entre deux portes palières, on ne comprend pas tout, là-bas, deux filles, reliées par une paire d’écouteurs, se balancent sur la même musique.
Après un long freinage heurté, le train se vide de ses derniers passagers. Sur le quai, les abris en tuiles plates nous protègent de la pluie et les roues des valises sur les pavés recouvrent son bruit. D’un coup, le hall de la gare se remplit et chacun se fraye un passage vers la sortie. Des taxis se succèdent sur le parvis, des gens poursuivent leur chemin en marchant à travers la place, d’autres encore se dirigent vers un arrêt de bus un peu à l’écart. Sur le trottoir d’en face, par-dessus la circulation des voitures, il y a du mouvement à l’intérieur des brasseries. Plus loin, un soleil énorme irradie la ville et descend implacablement vers la mer. Ici, seulement quelques minutes ont passé et la gare est dépeuplée. Sur les carreaux réguliers du hall, des papiers journaux et des emballages sont déplacés par des courants d’air chauds. Un employé rabat les rideaux du tabac et le grincement du métal retentit dans la gare. La pluie a cessé de tomber, les ombres s’allongent et le hall se couvre de rouge.
· Prix du Jury Tremplin Jeunes Talents, Festival Planches Contact
· Exposition au Musée Bernard d’Agesci, Niort, 2026
· Exposition au Musée des Franciscaines, Deauville, 23 octobre 2021 - 2 janvier 2022
· Exposition à la Galerie Sit Down, Paris, 3 mars 2023 - 15 avril 2023
· Collections photographiques du Musée des Franciscaines et de Marin Karmitz